Que deviennent les mères célibataires et leurs enfants au Maroc lorsqu’ils sont rejetés par tous ? Cette question, souvent ignorée, touche le cœur d’une réalité sociale douloureuse.
Une organisation porte depuis des décennies un message d’espoir. Fondée en 1985 à Casablanca par Aïcha Ech-Chenna, elle s’est donnée pour mission de soutenir les femmes en détresse.
Dans une société où une naissance hors mariage peut mener à l’ostracisme, cette structure offre un refuge. Elle apporte une aide concrète aux mères et à leurs enfants.
Son engagement est chiffré : plus de 21 700 mères célibataires accompagnées entre 2003 et 2024. Chaque année, une cinquantaine de nouvelles bénéficiaires sont accueillies.
Après le décès de sa fondatrice en 2022, le flambeau est repris par Naima Ame. Le combat pour la dignité et les droits continue avec la même force.
Points Clés
- L’organisation a été créée en 1985 à Casablanca par Aïcha Ech-Chenna.
- Elle vient en aide aux mères célibataires et à leurs enfants nés hors mariage.
- Plus de 21 700 femmes ont été accompagnées entre 2003 et 2024.
- L’action se poursuit aujourd’hui sous la présidence de Naima Ame.
- L’approche est globale : soutien social, formation professionnelle et réinsertion.
- Elle est membre de l’Observatoire marocain des violences faites aux femmes.
- Son objectif est de transformer durablement la vie des bénéficiaires.
Contexte et historique de l’Association Solidarité Féminine
En 1985, une infirmière marocaine, Aïcha Ech-Chenna, a posé les premières pierres d’un refuge à Casablanca. Dans une société où les mères célibataires étaient exclues, son action a débuté.
Le premier centre a ouvert à Tizi Ouasli en 1988. Cette base opérationnelle a permis d’accueillir concrètement les femmes en détresse.
Fondation en 1985 à Casablanca et débuts de l’engagement
La fondatrice a brisé les tabous sur la sexualité et l’avortement. Son travail pionnier a ouvert la voie à une prise de conscience collective au Maroc.
Évolution, distinctions et reconnaissance internationale
Le roi Mohammed VI lui a remis une médaille d’honneur en 2000. Cette distinction nationale a souligné l’impact profond de son travail.
La reconnaissance est vite devenue mondiale. Elle a reçu le prix des droits de l’Homme de la République française en 1995.
L’Opus Prize, considéré comme le Nobel de l’humanitaire, lui a été décerné en 2009. Ce prix a confirmé la portée internationale de son combat.
La France l’a nommée Chevalier de la Légion d’honneur en 2013. Son livre « Miséria », publié en 1996, documente ces engagements.
Aïcha Ech-Chenna s’est éteinte en septembre 2022 après plus de cinquante ans de combat. La présidente Naima Ame perpétue aujourd’hui sa vision.
Initiatives et actions sociales en faveur des mères et enfants
Prévenir l’abandon des enfants passe par la reconstruction économique et sociale de leurs mères. L’Association a défini une stratégie en cinq axes depuis 2003.
Communiquer, accompagner, intégrer, former et développer sont les piliers de cette action. Un programme triennal offre un cadre stable pour cette transformation.
Programmes d’accompagnement des mères célibataires et de réinsertion familiale
Chaque année, une cinquantaine de mères célibataires sont prises en charge. Elles bénéficient d’un suivi individualisé adapté à leurs besoins et à ceux de leur enfant.
Un soutien financier hebdomadaire et une prise en charge des fournitures scolaires sont assurés. Des ateliers de sensibilisation quotidiens abordent la santé, le droit et le bien-être.
L’objectif est de permettre à 100% des mamans de garder leur fils ou fille. Un accompagnement vers la réconciliation familiale est également proposé.
Modules de formation professionnelle et activités génératrices de revenus
L’autonomie économique est construite grâce à une formation professionnelle concrète. Les bénéficiaires apprennent la cuisine marocaine, la pâtisserie ou la coiffure.
Des cours d’alphabétisation ont lieu chaque matin. L’après-midi est consacré à la pratique dans des restaurants gérés par le programme.
Ce système permet d’acquérir une expérience réelle tout en servant des repas. Il garantit que chaque maman trouve un emploi à l’issue de son parcours.
Modèle économique et défis actuels de l’Association Solidarité Féminine
La recherche de fonds a rapidement conduit à la mise en place d’activités génératrices de revenus ingénieuses et formatrices.
Stratégies d’autofinancement et partenariats innovants
Dès le début, un restaurant associatif a été ouvert. Il sert à la fois d’atelier de formation et de source de revenus.
D’autres activités se sont ajoutées : pâtisserie, couture et gestion de cafétéria. En février 2015, un partenariat avec la Fondation SMarT a renforcé l’accès à l’emploi.
« C’est grâce à nos activités génératrices que nous assurons notre autofinancement », explique la présidente Naima Ame. Ce modèle a permis d’atteindre 75% d’autonomie financière.
Impact des crises récentes et adaptation des activités
Le hammam, ouvert en 2004, était un levier financier crucial. La crise du Covid-19 a forcé sa fermeture en 2020.
Cette perte de revenus a fragilisé l’association. Le décès d’Aïcha Chenna en 2022 a aussi entraîné l’arrêt de certaines subventions.
Les financements nationaux se font rares. L’organisation compte désormais sur des bailleurs internationaux.
Les restaurants-écoles tournent à plein régime. Chaque repas servi finance l’accompagnement de nouvelles bénéficiaires.
Le travail en cuisine et en service forme les mères dans un cadre professionnel. Cette adaptation est vitale pour la pérennité des activités.
Conclusion
Depuis près de quarante ans, un engagement inébranlable a transformé des milliers de destins de femmes et d’enfants marginalisés au Maroc. Le bilan est éloquent : plus de 21 700 mères célibataires accompagnées vers l’autonomie.
L’héritage d’Aïcha Ech-Chenna se mesure dans la réussite sociale de ceux qu’elle a aidés. Aujourd’hui, le combat se poursuit pour une reconnaissance officielle du statut de famille monoparentale.
Un plaidoyer actif vise aussi à faire de l’ADN une preuve incontestable de filiation. Cela garantirait aux enfants leurs droits fondamentaux.
« Ce travail ne devrait pas reposer uniquement sur les associations« , souligne la présidente Naima Ame. Un engagement institutionnel plus fort est nécessaire pour offrir un cadre légal protecteur.
Malgré les défis, l’espoir persiste. Les programmes de formation offrent chaque matin une chance de reconstruire une vie digne, prouvant que l’inclusion sociale est possible.
FAQ
Quand et pourquoi cette organisation a-t-elle été créée ?
L’initiative a été fondée en 1985 à Casablanca par Aïcha Ech-Chenna. Elle est née d’un constat urgent : l’exclusion sociale et économique vécue par les mères célibataires et leurs enfants nés hors mariage. Son but était d’offrir un cadre d’accueil et un soutien concret pour briser ce cycle de précarité.
Quels sont les principaux programmes proposés aux mamans ?
L’accompagnement est global. Il inclut un suivi social et psychologique, une aide à la réinsertion familiale quand c’est possible, et des cours d’alphabétisation. Le cœur du dispositif est la formation professionnelle (cuisine, coiffure, etc.) et le soutien à la création d’activités génératrices de revenus pour assurer leur autonomie financière.
Comment les enfants sont-ils pris en charge ?
Les tout-petits sont accueillis dans une crèche sur place, ce qui permet à leurs mamans de suivre les cours et formations en toute sérénité. Les plus grands bénéficient d’un soutien scolaire et d’activités éducatives. Cet appui est crucial pour leur développement et leur avenir.
Comment l’œuvre se finance-t-elle pour maintenir ses actions ?
Le modèle repose sur un système innovant d’autofinancement. Des ateliers comme le restaurant « La Table du Marché » et le hammam « Bain de Chance » sont gérés par les bénéficiaires. Ils génèrent des revenus, servent de lieu de formation pratique et assurent une partie du budget, complétée par des dons et partenariats.
Quels ont été les grands défis récents et comment y faire face ?
Comme beaucoup d’acteurs sociaux, la structure a été durement touchée par la pandémie de Covid-19 et la crise économique, avec une chute brutale des revenus de ses ateliers. L’adaptation a été clé : renforcement de la vente de repas à emporter, appel à la générosité publique et ajustement constant des programmes pour répondre aux besoins immédiats des familles.
Quelle reconnaissance a reçu le travail de Aïcha Ech-Chenna ?
L’engagement de la fondatrice a reçu une reconnaissance internationale. Elle a notamment été honorée du prix Opus en 2009, souvent considéré comme le « Nobel des humanitaires ». Cette distinction a mis en lumière, sur la scène mondiale, le combat pour les droits des femmes et des enfants mené au Maroc.



