L’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) est le programme national marocain de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale. Lancée le 18 mai 2005 par le Roi Mohammed VI, elle finance des projets locaux d’infrastructure, de santé, d’éducation et de génération de revenus, à travers une gouvernance qui combine coordination nationale et décision au niveau communautaire.
Points clés
- L’INDH est le grand chantier social du Maroc, lancé en 2005 par le Roi Mohammed VI pour réduire la pauvreté et l’exclusion sociale.
- Sa gouvernance est à deux niveaux : des comités nationaux présidés par le Chef du Gouvernement, et des comités locaux tripartites réunissant élus, services de l’État et société civile.
- Le programme a connu trois phases, d’une enveloppe initiale de 10 milliards de dirhams (2006–2010) à la Phase III (2019–2023), dotée de 18 milliards de dirhams.
- La Phase III a mis l’accent sur le développement de la petite enfance, et le rapport régional de la Banque mondiale de septembre 2025 a cité l’INDH comme un « modèle remarquable » pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
- L’INDH finance également des activités génératrices de revenus pour les entrepreneurs et les coopératives dans les communes rurales et les quartiers défavorisés.
L’INDH en bref
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom complet | Initiative Nationale pour le Développement Humain |
| Date de lancement | 18 mai 2005 |
| Initiateur | Le Roi Mohammed VI |
| Coordination | Unité de coordination nationale, ministère de l’Intérieur |
| Coordinateur national actuel | Mohamed Dardouri (depuis 2018) |
| Phases à ce jour | Phases I–II (2005–2018) ; Phase III (2019–2023, mise en œuvre encore en cours) |
| Budget de la Phase III | 18 milliards de dirhams |
Qu’est-ce que l’INDH ?
L’INDH est un programme d’État marocain conçu pour réduire la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, tout en resserrant les écarts entre les régions du pays. Plutôt que de relever d’un seul ministère, elle agit de façon transversale : elle finance des projets locaux d’infrastructure, de santé, d’éducation et d’inclusion économique, en exigeant la participation des communautés concernées dans l’identification et la priorisation des besoins.
La Banque mondiale décrit l’INDH comme un incubateur d’innovation logé au sein du ministère de l’Intérieur : elle teste des approches à l’échelle locale, et une fois qu’une approche fait ses preuves, les ministères sectoriels et les collectivités locales en prennent le relais.
Quand l’INDH a-t-elle été lancée, et qui la dirige ?
Le Roi Mohammed VI a lancé l’INDH le 18 mai 2005. Au niveau national, un comité stratégique et un comité de pilotage, tous deux présidés par le Chef du Gouvernement, fixent les orientations. La coordination opérationnelle relève d’une unité de coordination nationale au sein du ministère de l’Intérieur, dirigée successivement par trois coordinateurs nationaux : Aziz Dadas (2005–2009), Nadira El Guermai (2009–2018) et Mohamed Dardouri (depuis 2018), selon l’historique du programme documenté sur la page Wikipédia consacrée à l’INDH.
Comment l’INDH est-elle gouvernée ?
L’INDH repose sur une gouvernance à deux niveaux. Les comités nationaux fixent la stratégie et débloquent les financements. Localement, des comités tripartites, réunissant élus, services déconcentrés de l’État et représentants de la société civile, identifient les besoins, sélectionnent les projets et supervisent leur mise en œuvre sur le terrain. Cette architecture vise à faire travailler ensemble direction centrale et ancrage local, plutôt qu’à les opposer.
Les phases de l’INDH
L’INDH a traversé trois grandes phases depuis 2005. La première, sur la période 2006–2010, s’est ouverte avec une enveloppe de 10 milliards de dirhams, répartie à parts égales entre quatre programmes de 2,5 milliards chacun : un programme transversal, un programme de lutte contre la précarité, un programme urbain ciblant environ 250 quartiers défavorisés, et un programme rural couvrant 360 communes. Les phases I et II, jusqu’en 2018, ont consolidé et étendu cette approche à l’ensemble du territoire.
La Phase III, lancée par le Roi Mohammed VI en 2019 et courant jusqu’en 2023 (avec une mise en œuvre qui s’est poursuivie au niveau provincial jusqu’en 2025), a été dotée d’un budget de 18 milliards de dirhams. Par rapport aux phases précédentes, la Phase III a davantage misé sur le développement de la petite enfance et les services intégrés, un choix que le rapport de la Banque mondiale de septembre 2025 sur le développement humain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a qualifié de « modèle remarquable » pour la région. Voir le rapport complet de la Banque mondiale.
Les quatre programmes de la Phase III
- Réduction du déficit en infrastructures et services de base, financement de projets locaux d’accès à l’eau, aux routes, à l’éducation et à la santé.
- Soutien aux personnes en situation de précarité, aide ciblée pour les groupes exposés à l’exclusion.
- Amélioration des revenus et inclusion économique des jeunes, formation et projets générateurs de revenus destinés aux jeunes.
- Développement du capital humain de la nouvelle génération, développement de la petite enfance et accès au préscolaire, en particulier en milieu rural.
Ces quatre programmes structurent encore l’action de l’INDH aujourd’hui : des comités provinciaux, à l’image de celui d’Ouezzane, qui a présenté son bilan 2025 en décembre dernier, continuent d’y rattacher leurs projets.
Quel est le budget de l’INDH, et qui la finance ?
L’INDH est financée conjointement par l’État marocain, les collectivités locales et des partenaires de coopération internationale, les ressources étant en partie réparties selon le niveau de pauvreté local. L’enveloppe initiale 2006–2010 s’élevait à 10 milliards de dirhams ; la Phase III (2019–2023) a mobilisé 18 milliards de dirhams, concentrés sur la petite enfance et les services intégrés. Sur l’ensemble de son histoire, un bilan publié par Jeune Afrique évalue l’investissement cumulé à plus de 40 milliards de dirhams, pour plus de 44 000 projets réalisés et environ 10 millions de bénéficiaires, dans plus de 1 100 communes rurales et près de 800 quartiers urbains.
Quels résultats pour l’INDH ?
Les résultats les plus récemment documentés concernent le volet petite enfance de la Phase III, évalué par la Banque mondiale dans un bilan publié en septembre 2025 :
- Le taux de scolarisation préscolaire national est passé de 45 % à 76 % entre 2018 et 2023.
- En milieu rural, la scolarisation préscolaire est passée de 33 % en 2017 à 91 % en 2024.
- Plus de 9 000 éducateurs préscolaires ont été recrutés et formés.
- Plus de 500 000 femmes et enfants ont été orientés vers des services de santé grâce au programme.
- Le Maroc vise 100 % de scolarisation préscolaire pour les enfants de 4 à 5 ans d’ici 2027, un objectif appuyé notamment par un prêt de 450 millions de dollars de la Banque mondiale.
Sur la durée, les chiffres officiels repris par Jeune Afrique font aussi état d’un net recul de la pauvreté rurale, de 28,4 % à 12,3 % entre 2004 et 2014, et d’un taux de pauvreté national à peu près divisé par deux sur la même décennie. Le rapport 2025 de la Banque mondiale souligne également la mise en place d’un tableau de bord électronique qui collecte des données de santé, de nutrition et d’éducation dans les structures préscolaires, donnant aux comités locaux des données concrètes pour orienter leurs décisions.
Quel lien entre l’INDH et l’écosystème entrepreneurial marocain ?
Au-delà des infrastructures et des services sociaux, le programme d’inclusion économique de l’INDH finance des activités génératrices de revenus pour les jeunes et les communautés rurales, le même terrain où se construit une grande partie de l’entrepreneuriat marocain à la base. Ce financement a notamment contribué à faire vivre des coopératives locales, comme la Coopérative Tighanimine et la coopérative Anou, aux côtés d’acteurs du financement comme Al Amana Microfinance dans le paysage marocain de soutien aux petites entreprises locales.
Conclusion
Deux décennies après son lancement, l’INDH demeure le principal outil marocain reliant infrastructures locales, santé, éducation et inclusion économique à une même stratégie nationale de développement. Le virage pris par la Phase III vers la petite enfance, salué par la Banque mondiale comme un modèle régional, montre un programme qui continue d’évoluer plutôt que de se figer, avec des implications concrètes pour les entrepreneurs, les coopératives et les communautés qu’il continue de financer.

